Quand la banque centrale américaine rencontre Paul Volker.

Paul Volcker est un économiste américain et démocrate âgé aujourd'hui de 91 ans. Il a fait ses études à Harvard puis à la London School of economics. Il effectue une grande partie de sa carrière dans la fonction publique et travaille à la Bank of New York de 1952 à 1957.

Son arrivée à la FED renverse complètement la politique monétaire menée jusqu'alors par William Miller, homme d'affaires et directeur éclair de la FED de 1978 à 1979. La situation face à laquelle se retrouve Miller est plutôt compliquée. En effet, la même année de son arrivée à la tête de la FED, en 1978, le président des États-­‐‑Unis de cette époque, Jimmy Carter, promulgue une loi connue sous le nom de Humphrey-­‐‑Hawking. Cette loi octroie une triple mission à la FED : promouvoir le plein-­‐‑emploi, stabiliser les prix et maintenir des taux d'intérêt de long terme modérés. De plus, le nouveau président de la FED devra désormais se présenter deux fois par an devant le Congrès afin de témoigner de la santé économique du pays. C'est donc dans ce nouveau contexte légal et dans une situation économique compliquée que Miller tente de répondre à ses fonctions. Les seize derniers mois l'inflation n'a cessé d'augmenter, l'indice des prix passant de 6,7% en 1978 à 13,3% un an plus tard, en 1979. Cette situation devient un problème politique et une préoccupation sociétale et les autorités financières comme politiques sont à court de mesures. Finalement, Jimmy Carter décide de transférer Miller au Trésor et nomme Paul Volcker à la présidence de la FED.

Objectif principal : terrasser l'inflation.

L'arrivée de Paul Volcker bouleverse totalement la politique monétaire menée jusque-­‐‑là. Celle-­‐‑ci consistait à maintenir un taux d'intérêt faible et un taux de change faible afin de stimuler l'industrie, faciliter l'exportation de marché et réduire au minimum l'exportation de capitaux. Ce que décide de faire Paul Volcker est tout le contraire : il augmente le taux d'intérêt (ou feds funds1) et augmente le taux de change du dollar afin de freiner sa dévaluation, le tout dans le but de lutter contre l'inflation. Il considère également qu'il est nécessaire d'élever l'obligation des réserves obligatoires des banques auprès de la FED. En quoi cela consiste-­‐‑t-­‐‑il? Lorsque une banque centrale désire mener une politique monétaire elle dispose de plusieurs outils dont un, appelé TRO (taux de réserve obligatoires). Toute banque de second rang possède un compte auprès des banques centrales. Ce compte doit contenir une somme minimum, calculée en pourcentage; ce dernier est décidé par la banque centrale. Cet instrument (le TRO) permet à la banque centrale de varier la masse monétaire. C'est justement la mission principale de Paul Volcker et c'est à travers ces changements qu'il souhaite y parvenir :

1 "Le federal funds rate, appelé également fed funds, est le taux auquel les banques aux États-­‐‑Unis prêtent, au jour le jour, leurs excédents de réserves obligatoires auprès de la Federal Reserve à d'autres banques sur le marché monétaire domestique américain." Extrait de http://www.iotafinance.com/Definition-­‐‑ Federal-­‐‑funds-­‐‑rate.html

limiter la masse monétaire de manière quantitative en relevant l'obligation des réserves obligatoires. En passant à 4% la marge de fixation des taux d'intérêt, Paul Volcker permet à ses mêmes taux de s'adapter à la baisse des liquidités, ce qui entraîne une importante appréciation du dollar. Paul Volcker s'attaque ainsi aux racines de l'inflation qui passe de 13,5% en 1981 à 3,2% en 19832. L'indice des prix passe de 12,5% en 1980 à 3,8% en 1982. Le taux d'intérêt nominal à court terme passe de 7,4% en 1978 à 14% en 1981 et celui à long terme passe de 7,9% à 12,9% dans la même année. Le taux de change du dollar lui, passe de 29,9% entre 1978 et 1982 à 66,9% entre 1978 et 1985.

Les conséquences.

Cette politique monétaire a eu comme conséquence une forte récession entre 1982 et 1983, fait inévitable et nécessaire selon Paul Volcker afin de relancer l'économie. Cette politique a également eu des conséquences sur la dette américaine car elle était souscrite à taux variable et en dollars. Ces changements ont donc eu un impact important sur la dette américaine, les données ayant complètement changées. D'autres effets de cette politique ne tardent pas à faire surface : l'économie américaine chute à nouveau à la fin de l'été 1981 et le taux de chômage s'élève à 11% fin 1982. La même année, Paul Volcker décide de stopper sa politique de réserves et ramène les taux directeurs à 8,5% (ce même taux était de 11,2% en 1979 et avait atteint 20% en 1981).

Paul Volcker a sans doute été un homme qui a su fermement imposer ses décisions et ce jusqu'au bout et en 1983, il est à nouveau nommé président de la FED par Ronald Reagan. Sa popularité était telle qu'il est le premier homme à être reconnu dans la rue en tant que président d'une banque centrale. À la fin de son deuxième mandat en août 1987, Paul Volcker annonce son départ définitif à la surprise générale. Par la suite, il a présidé la banque d'investissement J. Rothschild, Wolfensohn & Co et a été conseiller économique du président Barack Obama en 2008. Volcker est connu pour ne pas adhérer aux stéréotypes de Wall Street. Il est présenté comme ne partageant pas la croyance selon laquelle "l'innovation financière" est nécessaire à l'expansion de l'économie et il s'amuse à dire que "la seule innovation utile dans le domaine bancaire fut l'invention des distributeurs automatiques".

Nafis Awal